Pont-Aven, ses biscuits, ses peintres, sa nature

Située dans le sud du Finistère, Pont-Aven s’est construite là où la rivière Aven se heurte à d’imposants chaos de granit avant de former une profonde ria. En début de printemps, la ville offre un cadre enchanteur où nous avons aimé nous promener avant l’arrivée de la foule estivale.

À mi-chemin entre Quimper et Lorient, ce petit port doit sa renommée aux peintres de l’École de Pont-Aven gravitant autour de Paul Gauguin, Émile Bernard et Paul Sérusier à la fin du 19e siècle. Et c’est en marchant au bord de l’eau et sur les hauteurs du Bois d’amour ce que l’on comprend véritablement pourquoi ces artistes sont venus et pourquoi ils sont restés : la lumière et l’atmosphère paisible.

Entre rivière et granit : le cœur de la cité

La découverte commence au centre, là où l’eau et la pierre font partie prenante de la morphologie urbaine.

Le Moulin de Rosmadec est certainement le vestige le plus photographié, juste à côté du pont principal. Autour, l’architecture robuste en granit des maisons de négociants et l’ancienne Pension Gloanec rappellent l’époque où les artistes logeaient ici pour quelques francs. C’est aussi l’occasion de goûter aux spécialités locales : les fameuses galettes pur beurre et le kouign-amann.

La Promenade Xavier-Grall longe la rivière comme un jardin suspendu. On y déambule entre les anciens lavoirs et les biefs, ces passerelles permettant de passer d’une rive à l’autre pour observer de près l’eau qui s’infiltre entre les rochers.

En remontant vers l’amont, on entre dans le Bois d’amour, sous-bois de hêtres où Paul Sérusier peignit en 1888 Le Talisman sur un simple couvercle de boîte à cigares, guidé par les conseils de Gauguin sur l’usage de la « couleur pure. »

En redescendant vers l’embouchure, la grande passerelle piétonne offre le panorama le plus dégagé sur le port et ses bateaux de plaisance, profitant ainsi d’une vue sereine à l’écart du flux automobile du centre.


Le musée de Pont-Aven, un incontournable

Installé dans l’ancien Hôtel de Ville, cet espace moderne propose un parcours riche pour saisir la naissance du synthétisme. Au-delà des œuvres de Gauguin, le musée de Pont-Aven rend justice au rôle essentiel d’Émile Bernard dont les recherches sur le cloisonnisme, façon d’enserrer les aplats de couleur dans un contour sombre (à la manière des vitraux) ont profondément nourri la démarche de Gauguin. L’influence de Sérusier, passeur entre Pont-Aven et les Nabis parisiens, y est également mise en lumière.

Les collections temporaires accueillent régulièrement des artistes contemporains qui dialoguent avec cet héritage.

La Chapelle de Notre-Dame de Trémalo, mon coup de coeur

On accède à cette chapelle en vingt minutes à pied par un sentier boisé qui grimpe depuis le Bois d’Amour.

Tapie à l’orée de champs, cette modeste chapelle du 16e siècle, avec son toit de lauzes et son clocher trapu, semble abandonnée. Mais dès qu’on franchit la porte, elle se révèle originale et bien entretenue. Elle abrite un Christ en bois polychrome (du 16e siècle) qui inspira le Christ jaune de Gauguin, mais aussi des « poutres à engoulants » (gueules de monstres avalant le bois) et des figures fantastiques peintes, typiques de l’art breton. Et ces détails finement sculptés valent bien qu’on se torde un peu le cou pour les admirer. Saurez-vous retrouver les 7 péchés capitaux parmi ces figurines ? Moi, non !


Le littoral et les terres de Névez

Notre pérégrination se prolonge vers la mer, sur la commune de Névez.

Blotti dans une anse de la ria sur la rive droite, le petit port de Kerdruc est une halte sereine pour observer les voiliers au mouillage ou déguster des huîtres sur le quai.

À la pointe, là où l’Aven rejoint l’océan, Port-Manech a gardé un cachet Belle Époque attachant : plage nichée dans une crique abritée, cabines de bain, villas élégantes perchées sur le rivage.

Plus à l’ouest, la plage de Raguenez (surnommée un peu pompeusement « plage de Tahiti », un nom qui viendrait d’une paillote construite sans autorisation dans les années 1960 plutôt que d’une ressemblance tropicale) mérite d’y passer quelques heures tranquilles. Sa longue étendue de sable blanc, la nature préservée qui l’entoure, les petites falaises rocheuses et verdoyantes qui la bordent lui donnent un caractère sauvage. Au bout de la plage, l’île de Raguenez est accessible à pied à marée basse.

Pour terminer la découverte de Nevez, rendez-vous aux hameaux de Kerascoët et Kercanic qui ont préservé leurs maisons au toit de chaume et leurs clôtures en « mein zao » (pierres debout).

Loin d’être figé dans son image « carte postale » des peintres, Pont-Aven et ses environs sont à explorer pour la variété des ambiances, depuis sa chapelle jusqu’aux plages de Nevez en passant par son centre, où il est agréable d’emprunter ses petites passerelles.

J’ai aimé cette journée à Pont-Aven et ma soirée de retrouvailles avec une amie d’enfance dans une crêperie, à la nuit tombée.

Sandrine Damie

Crédit photos : © Sandrine Damie – Onetwotrips

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